20.04.2011

Le PPD au Honduras recherche un(e) stagiaire !

Le Programme des Petites Donations (PPD) au Honduras hebergé au Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), recherche un ou une stagaire. L'offre ci-dessous détaille la mission passionante qui amènera peut-être l'un des lecteurs à travailler dans cette équipe chaleureuse !

Programme des Petites Donations du Fonds pour l’Environnement Mondial

Programme des Nations Unies pour le Développement

Honduras – Amérique centrale

 

Organisme

Le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) est un mécanisme permanent de financement, destiné à apporter des donations aux pays en développement, pour des programmes orientés vers la protection de l’environnement au niveau mondial. Le Fonds est administré conjointement par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et la Banque mondiale.

Le Programme des Petites Donations (PPD), qui fut créé en 1992, est la troisième échelle d’action du Fonds et elle administre le financement de petits projets en faveur d’ONG et d’OCB, destinés à favoriser des initiatives locales pour la conservation et l’usage durable des ressources naturelles.

Depuis 1992, le PPD Honduras (Amérique centrale) a appuyé et financé plus de 158 projets. L’objectif primordial des projets est de donner des solutions locales à des problèmes globaux dans les quatre domaines que sont : la biodiversité, le changement climatique, la préservation des sols et les eaux internationales. À cette fin, le PPD au Honduras concentre ses efforts sur deux régions spécifiques que sont La Moskitia – une région isolée aux patrimoines naturels et culturels (notamment indigènes) richissimes – et la Zone Sud – sur le littoral Pacifique, avec un patrimoine de zones humides (sites RAMSAR) exceptionnel. Ces deux régions sont caractérisées par leurs hauts niveaux de vulnérabilité environnementale et de pauvreté.

 

Stage

Dans le cadre de son action, le PPD au Honduras recherche un(e) stagiaire en appui aux initiatives qui se structurent avec les groupes présents dans les deux zones concernées.
Sous la responsabilité du Coordinateur National, et en collaboration avec l’équipe nationale, les assistants techniques et les membres des groupes appuyés par le PPD, la/le stagiaire volontaire sera chargé(e) de jouer un rôle important en responsabilité directe sur le terrain.

Les principales tâches :

·       Favoriser l’« empowerment » d’Organisations Communautaires de Base (OCB) appuyées par le Programme dans les régions concernées

·       Assister la stratégie du Programme dans l’extension et la cohésion de ses projets de donations, et faire le lien entre le terrain et le bureau central

·       Faciliter la formation des membres des OCB dans les domaines suivants : droit (entreprise, environnement, droits de l’homme) et développement (lutte contre la pauvreté, stratégie d’entreprise)

·       Appuyer particulièrement l’organisation entrepreneuriale, la gérance et la gestion financière du groupe MIMAT (La Moskitia)

·       Établir des liens avec les media (presse écrite, internet) et/ou de potentiels donateurs

Formation et compétences :

·     Étudiant(e) en master de relations internationales/commerce, sciences politiques/finances, droits de l’homme/journalisme. Une expérience en gestion de projets est un plus

·       Éxpérience initiale dans les media (presse)

·       Bonne aisance en espagnol (surtout orale) et bon niveau d’anglais

·       Agilité pour le travail en équipe et autonomie

·       Intérêt pour la protection de l’environnement et des peuples indigènes

·       Flexibilité et facilité d’adaptation multiculturelle

·       Gestion des outils informatiques (internet, Office)


La priorité attribuée au travail du stagiaire sera décidée en fonction de sa spécialité, soit en communication, soit en gérance/administration/finance.
Résidence : la/le stagiaire vivra à Puerto Lempira (département de Gracias a Dios) dans une région indigène.

Afin de soumettre votre candidature, veuillez adresser (en espagnol) votre CV et une lettre de motivation à M. Hugo Galeano, Coordinateur National du PPD (hugo.galeano@undp.org) et, en copie, à Mme Marlene Santos, Assistante de Programme (marlene.santos@undp.org).

 

Version espagnole


Programa de Pequeñas Donaciones del Fondo para el Medio Ambiente Mundial

Programa de las Naciones Unidas para el Desarrollo

Honduras – América Central

 

Institución

El Fondo para el Medio Ambiente Mundial (FMAM) es un mecanismo permanente de financiamiento, destinado a proporcionar donaciones a los países en desarrollo, para programas encaminados a proteger el medio ambiente mundial. El Fondo es administrado conjuntamente por el Programa de las Naciones Unidas para el Desarrollo (PNUD), el Programa de las Naciones Unidas para el Medio Ambiente (PNUMA) y el Banco Mundial.

El Programa de Pequeñas Donaciones (PPD), que se creó en el año de 1992 es la tercera escala de acción del Fundo y administra pequeños proyectos de ONGs y OCBs, destinados a ejecutar iniciativas locales para la conservación y uso sustentable de los recursos naturales.

Desde 1992, el PPD Honduras (América central) ha apoyado más de 158 proyectos. El objetivo primordial de los proyectos es dar soluciones locales a problemas globales en las áreas de la biodiversidad, cambios climáticos, preservación de suelos y aguas internacionales. En este objetivo, el PPD concentra su atención sobre dos regiones especificas que son La Moskitia, una región aislada con un patrimonio natural y cultural indígena importante, y la Zona Sur, en el litoral pacífico, con un patrimonio de humedales (sitio RAMSAR) primordial. Esas dos regiones son caracterizadas por sus altos niveles de vulnerabilidad ambiental y de pobreza.

 

Pasantía

En el ámbito de sus acciones en esas dos zonas, el PPD en Honduras está buscando un pasante para su programa de apoyo a dos conjuntos de grupos que se están formando.
Bajo la responsabilidad del Coordinador Nacional y en colaboración con el equipo del PPD en Honduras, de los asistentes técnicos de las zonas y los miembros de los grupos apoyados, el pasante voluntario estará encargado de jugar un papel importante en responsabilidad directa en el campo.

Las tareas principales incluyen:

·       Fomentar el empoderamiento de Organizaciones Comunitarias de Base (OCBs) apoyadas por el Programa en las regiones descritas

·       Asistir a la estrategia del Programa en la extensión y en la cohesión de sus donaciones, y reportar el trabajo de campo

·       Facilitar la capacitación de sus miembros en temas de uso social como derecho (empresarial, ambiental, derechos humanos) y desarrollo (económico, humano)

·       Apoyar el ordenamiento empresarial, gerencial y financiero de la organización MIMAT (La Moskitia)

·       Establecer vínculos con medios informativos de prensa escrita o virtual y/o potenciales donantes

Requerimientos:

·     Estudiante en Master de relaciones internacionales/comercio, ciencias políticas/finanzas, derechos humanos/periodismo. Una experiencia en gestión de proyectos es una ventaja

·       Alguna experiencia inicial en medios de Prensa

·       Fluidez en Español (oral sobre todo), manejo del Inglés

·       Agilidad para el trabajo en equipo e independencia

·       Interés en la protección de pueblos Indígenas y el medio ambiente

·       Flexibilidad y de fácil adaptación

·       Manejo de las herramientas informáticas (Internet, Office)

Se dará el énfasis en comunicaciones o gerencia/administración/finanzas.
Residencia: el practicante vivirá en Puerto Lempira, departamento de Gracias a Dios, en consecuencia en una región Indígena.

Por favor, mandar su CV y carta de motivación a Hugo Galeano, Coordinador Nacional del PPD (hugo.galeano@undp.org) y copia a Marlene Santos, Asistente de Programa (marlene.santos@undp.org).

11.02.2011

Projet de logements sur pilotis, ou le constat d’un échec passé

Dans le cadre du projet de Relèvement précoce (Recuperación temprana en Espagnol ou Early Recovery en Anglais), le PNUD au Honduras engage en ce début d’année 2011 un projet pilote de construction de logements sur pilotis dans la municipalité de Marcovia, dans le Sud du pays.
Ce projet est né des nombreuses consultations dans la zone[1] ainsi que des visites de terrain répétées, ayant validé sa pertinence. Le projet est dit « pilote », car il est nouveau dans la zone et, dans un premier temps, à très petite échelle. Il est aussi le constat d’un échec précédent.

L’objectif est de construire des logements qui ne souffrent pas des inondations répétitives que subit la municipalité de Marcovia à la saison des pluies (mai à novembre). Pour ce faire, ceux-ci seront montés sur pilotis à plus de deux mètres du sol. Ces inondations étant passives (ou lentes), elles ne provoquent pas de dégâts particuliers sur les fondations de l’édifice.

Étrangement, il existe très peu d’habitations en hauteur dans la municipalité de Marcovia, pourtant située au bord du Pacifique, dans le golfe de Fonseca, et dans le delta du fleuve Choluteca. Le passif de la région est pourtant lourd, avec des phénomènes naturels aussi violents que des ouragans et des inondations.

L’échec de la relocalisation

Suite a la dévastation provoquée par l’ouragan Mitch en 1998, plusieurs centres de population de la zone ont été rayés de la carte, et d’autres (nombreux) ont montré leur vulnérabilité face à ce genre de phénomènes. Le choc provoqué par cet ouragan a permis aux différents organismes de secours (nationaux, internationaux et civils) de déplacer la population affectée vers un nouveau lieu, moins vulnérable car plus en hauteur, appelé « Renacer » (Renaissance).

Près de dix ans plus tard, cet important effort conjoint de reconstruction est un échec. Malgré l’installation d’une zone urbaine complète avec des logements de bonne qualité, cette ville nouvelle est aujourd’hui en partie vidée de ses habitants qui, à la première difficulté économique, ont revendu ces habitations offertes par la coopération. D’autres les gardent, comme patrimoine, mais n’y habitent plus. Les habitants ayant boudé cette ville nouvelle sont retournés… à leur ancien domicile.
Cette situation révèle crûment que, malgré le choc psychologique qui a permis de faire accepter a tant de personnes de quitter leur foyer et leur village et malgré l’immense opportunité qu’a représenté l’aide massive qui est arrivée après l’ouragan Mitch, il n’a pas été possible de déplacer durablement des populations à l’abri des phénomènes naturels. Les mentalités sont décidément dures à changer !

Considérant que l’approche principale de la gestion des risques est de réduire, voire éliminer, la vulnérabilité plutôt que de s’attaquer (au moins uniquement) à la menace, le projet de « Renacer » correspondait parfaitement à cette logique. Comprenez qu’il est plus simple de déplacer des habitations (la vulnérabilité) que de détourner une rivière (la menace). Mais c’était sans compter sur les logiques économiques de populations qui n’ont pas retrouvé d’activité économique satisfaisant leur besoin dans cette ville nouvelle, éloignée de leurs sources de revenus initiales (pêche, agro-industrie, etc.). C’était sans compter également avec un fort déficit éducationnel de la population qui ne mesure pas les risques pris en se réinstallant dans leurs vieilles habitations en zone rouge, avec enfants et personnes âgées.

Changer de stratégie ?

Face à ces résultats très mitigés, les politiques publiques honduriennes et les actions de la coopération sont contraintes d’adapter leurs discours et leurs initiatives à cette réalité. Puisqu’il n’est pas concluant de reloger en zone sûre les populations vulnérables (pourtant de loin la solution la plus efficace en termes de gestion des risques) ; et puisqu’il n’est financièrement pas viable[2] – voire illusoire[3] – de s’attaquer directement aux menaces, il convient de réduire les niveaux de vulnérabilité par d’autres moyens.

Dans cette optique, l’idée de la construction de maisons sur pilotis est apparue et semble éviter les travers des précédentes initiatives.
Ces logements – a priori moins exposés ou vulnérables – seront construits premièrement en lieu et place de l’habitation précédente, évitant ainsi un retour à l’habitation antérieure. Par ailleurs, sur la base légale conférée par la récente approbation[4] de la Loi du SINAGER (Sistema Nacional de Gestión de Riesgos – Système National de Gestion des Risques) et de ses règlements, la vente de la demeure dans un délai de dix années sera prohibée, afin d’éviter sa revente aux premières difficultés économiques.
De plus, les habitants bénéficiant de ces constructions ne connaitront pas de modifications dans leur activité économique, ni leur vie de quartier (scolarisation des enfants, voisinage, etc.), évitant ainsi des dérèglements trop importants ayant pour conséquence de nouvelles vulnérabilités (sociales et économiques).

Un modèle à bas coûts et reproductible

Chaque maison hébergera une famille. Selon le nombre de membres, le modèle est adaptable (de deux à quatre chambres). Celui-ci a été pensé et dessiné, gracieusement, par le Collège d’Architectes du Honduras[5] grâce a l’impulsion de son directeur Dino Rietti et deux de ses assistants.
Les constructions se composent de matériaux à bas coûts et disponibles localement (sable, bois, ciment et déchets plastiques). Des bouteilles et d’autres déchets plastiques formeront la partie interne des murs et seront recouverts de mortier ayant l’avantage de leur légèreté (pour une construction sur pilotis), de leur bonne isolation (dans une zone particulièrement chaude) et de leur très faible coût. Cette solution permet de plus d’appuyer économiquement les micro entreprises de recollection des déchets dans les communautés alentours, les plages et les mangroves classées comme sites Ramsar[6].

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L’étape de sélection des familles

La sélection des familles est un processus très critique puisqu’il conditionne la réussite d’un projet qui se soumet à des critères de justice sociale et de lutte contre la pauvreté. Ainsi, les familles bénéficiant de cette aide seront les plus vulnérables des zones considérées.

D’après ce critère, les familles bénéficiaires seront caractérisées non seulement par une vulnérabilité élevée du fait de la localisation de leur logement (en zone rouge), mais aussi par le type de logement. En effet, beaucoup de demeures, menaçant de s’écrouler, sont faites de bâtons de bois recouverts de carton ou de sacs plastiques ou encore d’adobe en mauvais état. Enfin ces familles seront choisies en fonction d’autres critères plus classiques de mesure de la pauvreté : revenus économiques, accès a l’éducation et a la santé, etc.DSCN0323.JPG

Cette sélection se fera par le biais d’une étude socio-économique profonde, menée par l’équipe de l’ONG Plan International dans quatre communautés de la municipalité de Marcovia (Monjarás, Guapinol, Ojochal et Los Llanitos). Plus largement, ces informations permettront, grâce au montage d’une base de données, une identification au niveau communautaire des personnes les plus vulnérables, nécessitant en priorité les aides en cas de catastrophe.

Les bénéficiaires directs et les personnes identifiées en fonction de leur vulnérabilité seront associés au processus de construction (la main d’œuvre non qualifiée), leur permettant ainsi un certain revenu mais également la reproduction de cette construction.

Le besoin de diffusion pour assurer la reproduction

Les faibles ressources dont dispose le projet de Relèvement précoce du PNUD permettront dans un premier temps la construction de seulement deux logements dans la communauté de Monjarás pour un coût approximatif de $ 5000 par unité, ce qui lui confère son caractère de projet « pilote ». La faible envergure de cet investissement permettra en tous cas de bâtir un projet modèle, aux coûts précis et aux défauts corrigés d’après cette première expérience

Le caractère pilote du projet a également pour but de travailler à la diffusion de cette initiative en collaboration avec les services de la mairie de Marcovia afin d’orienter les initiatives étatiques ou de coopération vers les familles déjà identifiées, avec un modèle de logement diffusé gratuitement. En somme, un projet clef en main et déjà confronté aux réalités de la mise en œuvre.

De la construction – probante ou non – de ces deux logements pilotes dépendra le bon développement de cette nouvelle initiative en zone inondable au Honduras, permettant une réduction drastique de l’exposition et de la vulnérabilité de populations pauvres aux phénomènes naturels.


[1] Le projet de Relèvement précoce a organisé au cours des mois de août, septembre et octobre de nombreux ateliers de réflexion avec les acteurs locaux (CODEM, Patronato), les acteurs publics (mairie, protection civile, pompiers), de coopération (ONG, ONU, coopérations nationales japonaise et espagnole, etc.), mais surtout des personnes directement sinistrées !

[2] La faiblesse des montants de l’aide au développement (la France étant l’un des plus mauvais élèves, ne respectant même pas le taux de 0,7% de son PIB) ne permettrait pas le haut niveau de dépenses que requiert ce genre d’initiatives. Quant au budget national hondurien, n’y pensons pas. En matière de gestion des risques, il est financé par la coopération…

Par ailleurs, ces actions sont souvent à perte, du fait de leur faible durabilité (par exemple un dragage de rivière dans le delta d’un fleuve est inutile ou la construction de digues est très couteuse, peu durable et reporte le problème en aval).

[3] Nous ne stoppons évidemment pas un ouragan ni ne savons limiter les niveaux de précipitations en saison des pluies.

[4] À travers le Décret 151-2009 approuvé le 26 décembre 2009 : http://copeco.gob.hn/n/sites/default/files/Reglamento%20L... (esp)

[6] La Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971) - connue sous le nom de « Convention de Ramsar » - est un traité intergouvernemental qui incarne les engagements de ses États membres à maintenir les caractéristiques écologiques de leurs zones humides d'importance internationale.

14:39 Publié dans Humanitaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : logement, pilotis, onu, urgence, inondations, honduras, projet pilote | |  Facebook

02.01.2011

La politisation de l’aide humanitaire : les défis de la gestion locale des risques

Parmi les nombreux problèmes auxquels sont confrontées les populations de la partie Sud du Honduras, l’un des plus pertinents et saillants est celui de la gouvernabilité. La faiblesse et le niveau de corruption des autorités empêchent toute possibilité sérieuse de développement dans la zone, sans conforter et alimenter un système rapace de détournement des aides.

L’aide humanitaire n’échappe pas à cette prédation. Au niveau municipal, et dans le cas de Marcovia, arrive une importante quantité d’aide (nourriture, équipement, kits d’urgence, etc.) suite aux désastres qui touchent le territoire. Cette aide, le plus souvent, passe par les services de la mairie, bien qu’une partie puisse transiter par les services du gouverneur de la région, voire directement par les députés qui en font une ressource directe de clientélisme ayant comme fin de promouvoir leur propre réélection[1]. Mais en général les acteurs de l’aide humanitaire (PAM, COPECO, Commission européenne, Croix Rouge, Plan International notamment) ont reconnu comme acteur la seule mairie.

Au comble de l’urgence, lorsque les villes et villages sont encore inondés, l’aide transite directement vers les auberges (lorsque celles-ci ne sont pas également submergées). Le service de la mairie en charge (l’Unité Municipale pour l’Environnement – UMA) délègue alors la distribution au Patronato[2] ou au Comité d’Urgence Local (CODEL) de la communauté concernée. Ces deux organisations, élues tous les deux ans lors d’une votation publique qui doit rassembler les forces vives de la communauté, se confondent ou entrent en conflit l’une contre l’autre, lorsque lorsqu'elles sont distinctes, dans le but de contrôler cette aide. Ces organisations locales souffrent ainsi d’une importante faiblesse du fait de leur politisation[3], vis-à-vis de la politique nationale (où s’y affrontent les deux partis dominants : le parti libéral et le parti national) mais également à l’intérieur même de la communauté où se jouent d’importants jeux d’influence, puisqu’y transitent de grandes quantités d’aide (en espèce ou en nature) destinée à appuyer le développement de la communauté.

Dans le cas de l’aide humanitaire, les listes de bénéficiaires sont régulièrement falsifiées[4], au bénéfice de proches des membres du Patronato et/ou du CODEL. Viennent également s’abriter dans les auberges des personnes non affectées directement par le désastre au vu et au su de tous, empêchant parfois des familles affectées de trouver un espace disponible dans ces centres. Enfin, vu le niveau de corruption de l’aide, les conditions très précaires des auberges (absence de lettrines, corruption, agressions sexuelles des femmes et des enfants) et les risques liés à l’abandon temporaire de la maison (vols) ; nombreuses sont les familles qui ne rejoignent jamais les auberges, mais restent dans leur habitations – les meubles accrochés au plafond, les enfants dans les hamacs et les animaux sur le toit.

Or, des aides comme celle du Programme Alimentaire Mondial ne peuvent bénéficier qu’à des réfugiés dans les auberges d’urgence.

Le tout pose un sérieux doute sur l’efficacité de cette aide, et les autres acteurs (la mairie et l’ONG Plan International) ont prouvé leur impuissance à régler ce qui constitue un échec de l’aide. À cette fin, le PNUD travaille avec d’autres acteurs de la zone (Plan International) à créer des centres d’approvisionnement dans chaque communauté (éliminant ainsi les auberges) en promouvant les « auberges familiales » (chez les voisins ou les membres de la famille non affectés) où chacun viendrait récupérer la ration qui lui est due, grâce à des listes de bénéficiaires réalisées et actualisées avec un public élargi suite à une "évaluation des besoins" menée par le projet de Relèvement précoce (Recuperación temprana) du PNUD.

Par ailleurs, ces mêmes autorités locales souffrent d'une grande faiblesse face à d'autres acteurs privés très puissants dans la zone. Ainsi, dans le cas de Marcovia, de nombreux habitants rapportent les liens étroits entretenus entre la mairie, les membres des Patronatos et les entreprises agro industrielles (monoculture de la canne à sucre et du melon) qui sont à l’origine de nombreux dégâts environnementaux (contamination des terres et des nappes phréatiques, culture sur brûlis), et qui ont également un impact sur les niveaux d’inondation en raison de la construction d’infrastructures destinées à protéger les cultures (détournement de canaux, irrigations, digues, etc.).

Les organisations locales de Marcovia, a priori moins corrompues et plus au fait que les niveaux supérieurs de pouvoir (municipal, départemental et national), ne sont pourtant pas capables à présent à jouer le rôle qui leur est échu par la coopération internationale.



[1] Entretien avec Carlos Melara (Plan International), 4 novembre 2010

[2] Traduisible littéralement par « patronat », le Patronato ne rassemble pas que des entrepreneurs, ni forcément les personnes les plus dotées en capital économique et culturel de la communauté.

[3] PNUD, Taller Práctico de ”Planificación de la Recuperación Post-Desastre a Nivel Local”, Hallazgos, Proyecto de Recuperación temprana, Sistematización del taller, Municipio de Marcovia, Agosto 2010, p.4

[4] Entretiens avec différents membres de la communauté de Monjarás, juillet à novembre 2010 et observation directe lors de l’analyse des besoins réalisée avec l’équipe de Relèvement précoce et Plan International à Monjarás.